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10 Cloverfield Lane: la Critique

7 Psychopathes Véritable friandise de cinéma de genre, 10 Cloverfield Lane arrive à être surprenant, angoissant et visuellement maîtrisé sans jamais oublier d’être divertissant…
Note :3/4
Titre original : 10 Cloverfield Lane
Réalisation : Dan Trachtenberg
Scénario : Damien Chazelle, Josh Campbell, Matthew Stuecken
Casting : Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.
Sortie : 16 mars 2016
Musique : Bear McCrearyVu le 28 mars 2016 à 15h40 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis :
Alors qu’elle vient de rompre avec son petit ami, Michelle s’engouffre dans la nuit au volant de sa voiture. Soudain, une voiture lui rentre dedans et projette sa voiture hors de la route. Quand elle reprend conscience, Michelle est enfermée dans un bunker, menottée à un mur. Howard, le propriétaire du bunker, lui explique alors qu’il lui a sauvé la vie en l’amenant ici, car des explosions ont rendu la surface de la Terre inhabitable.
Critique :
Avant toute chose, et étant donné que beaucoup de gens se posent la question, il est important d’éclaircir la nature de ce film par rapport au Cloverfield de Matt Reeves sorti en 2008. 10 Cloverfield Lane n’est pas une suite de Cloverfield, ni un spin-off, ni un reboot, ni quoi que ce soit du genre, et ça ne se passe pas dans le même univers non plus. Inutile de chercher des théories pour regrouper les deux films, ce sont deux œuvres distinctes. Les deux films sont produits, et encadrés de près, par J.J. Abrams via sa société de production Bad Robot, qui souhaite juste créer une sorte d’anthologie de cinéma SF/fantastique/de monstres où les films sont liés entre eux par leur ton et leur thématique plutôt que par leur histoire. Pour faire plus simple, c’est comme les épisodes des Contes de la Crypte (John Carpenter voulait d’ailleurs faire la même chose avec la licence Halloween, mais seul Halloween 3 a suivi cette voie ; Highlander avait aussi cette ambition. Pour mieux comprendre, je vous invite à regarder cet épisode de Chroma). Donc non, on n’assiste pas ici à la suite des dégâts de la bête du premier film et on n’est pas non plus face à un found footage. 10 Cloverfield Lane est un film mêlant le huis clos au film post-apocalyptique, avec une pointe de survival et de SF. Et le résultat est un régal ! Sans révolutionner quoi que ce soit, 10 Cloverfield Lane se présente comme un pur divertissement de genre(s), avec des moyens très réduits (proches du cinéma indépendant au niveau du budget, avec un maigre 15 millions de dollars ; pour donner un ordre d’idée, c’est ce qu’il faut pour produire dix minutes de Batman V Superman), où tout repose sur l’efficacité de la réalisation, l’intelligence du scénario et le jeu des acteurs, trois aspects où le film excelle. Du coup, si on est loin de la claque visuelle que nous avait procurée Cloverfield, les deux films se rapprochent par leur ambition de faire du cinéma de genre simple d’accès, se soustrayant au passage à des aspects qui peuvent repousser le grand public pour mieux se focaliser sur les héros et leur volonté de survivre. Donc ici, pas de gore, pas de violence trop directe, rien de malsain non plus. Certains diront que ça en fait un cinéma aseptisé, mais ce serait très malhonnête étant donné que le scénario est suffisamment intelligent pour intégrer totalement cette contrainte et ne jamais donner l’impression au spectateur qu’on évite de lui montrer ce qui pourrait choquer. Au contraire, le film paraît même plutôt décomplexé à ce niveau, allant même jusqu’à un dernier segment purement jouissif (mais trop court) que Sam Raimi ne démentirait pas. Dan Trachtenberg, dont c’est le premier long, impressionne par sa maîtrise de la réalisation et sa direction d’acteurs, nous offrant un huis clos soigné et jamais répétitif dans ses visuels, une composition de plan précise qui semble ne rien laisser au hasard sans pour autant paraître forcée, et une utilisation très maline du hors-champ. Et si la conclusion peut paraître assez abrupte, il faut aussi la comprendre dans la volonté du film de ne pas se prendre au sérieux.

Comme tout bon film de genre, la première réussite de 10 Cloverfield Lane est son scénario, et ici, on retrouve notamment le talentueux Damien Chazelle (à qui on doit le scénario et la réalisation de Whiplash), qui a été chargé de réécrire le scénario pour adapter le ton à ce que J.J. Abrams désirait. Prenant un postulat suffisamment simple pour être immédiatement immersif et permettre un réel questionnement permanent sur les intentions de certains personnages, le scénario se concentre avant tout sur le développement de ses trois personnages (pourquoi s’encombrer de plus quand on peut faire une si bonne histoire avec seulement trois acteurs ?) et s’attache à toujours nous montrer leur cheminement de pensée avant de les voir passer à l’action. La tension s’installe progressivement et ne s’évapore jamais, les rebondissements sont réellement surprenants et les effets faciles sont utilisés à l’économie (il y a quelques jump scares, mais utilisés intelligemment). On apprécie également l’écriture du personnage principal, qui est tout sauf une damsel in distress (ça fait du bien !). L’écriture de ce personnage n’est pas sans rappeler l’héroïne de Drag Me to Hell de Sam Raimi. Et à l’écran, ce personnage prend vie sous les traits de l’excellente (et beaucoup trop rare) Mary Elizabeth Winstead, qui a l’habitude de jouer les personnages à l’instinct de survie très développé. Elle mène parfaitement le film, faisant même évoluer très naturellement son personnage durant le métrage pour aboutir, à la fin, à une héroïne qu’on a envie de suivre dans de nouvelles aventures. Face à elle, John Goodman incarne à merveille ce personnage rigide et terrifiant qui donne en permanence l’impression d’être un psychopathe. S’il a le physique parfait pour ce rôle, il nous livre aussi une prestation autoritaire et impulsive qui hausse la tension à chacune de ses interventions. Enfin, John Gallagher Jr., qu’on avait déjà aperçu dans Short Term 12, confirme son coefficient de sympathie et apporte l’humanité et la légèreté nécessaires à ne pas faire basculer le film dans l’horreur pure.

10 Cloverfield Lane n’est pas un chef-d’œuvre. La légèreté volontaire du film le prive de développer une réelle thématique en dehors de ce qui se passe directement à l’écran. C’est un film de divertissement pur qui se consomme sur place, sans ouvrir la réflexion ni interroger autre chose que l’intrigue et les protagonistes. Mais en tant que tel, c’est une réussite absolue. Il est au final assez rare de croiser un film de genre à la fois décomplexé et divertissant qui ne vire pas, au bout d’un moment, à l’auto-parodie ou à l’hommage hautain au genre dans lequel il s’inscrit (erreur qu’avait commise Quentin Tarantino avec son douloureux Boulevard de la mort). La réalisation de Dan Trachtenberg est soignée, précise et d’autant plus impressionnante qu’il s’agit là d’un premier film à petit budget dont 90 % de l’intrigue se situe dans un bunker de 60 m². On apprécie l’inclusion d’idées chères à J.J. Abrams, puisqu’on retrouve une ambiance et des décors très proches de la saison 2 de Lost, en plus de nombreux clins d’œil qui associent le film à l’univers du producteur. En ce sens, ceci n’est pas sans rappeler la démarche de Joss Whedon avec le monumental La Cabane dans les bois, où le film semblait revisiter une partie de la saison 4 de Buffy contre les vampires (oui, je fais cette digression avant tout pour pouvoir citer dans une seule phrase un film, une série et un réalisateur que j’adore). Et si l’on doit comparer 10 Cloverfield Lane au premier film de ce qu’on espère devenir l’anthologie Cloverfield, le film de 2008 bénéficiait d’un parti pris de réalisation à l’époque encore peu utilisé et d’effets visuels bluffants qui en font aujourd’hui encore un film de monstre incontournable, alors que 10 Cloverfield Lane, qui n’a pas autant de cachet visuel, développe plus ses personnages et concentre son histoire et ses ambitions pour se révéler au final plus efficace et prenant, avec une héroïne qu’on a réellement envie de suivre (alors qu’on avait un peu l’impression de subir les héros de Cloverfield).

10 Cloverfield Lane est un divertissement de genre assumé et réussi qui fait du bien dans un univers cinématographique où les projets de petite ampleur ont de moins en moins leur place.

Les plus :
Une réalisation efficace
Un trio d’acteurs parfait
Une totale maîtrise du ton du film
Les moins :
Un dernier acte un peu rushé

posted by admin7429 in Les Critiques and have No Comments

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